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CoronaVirus – Grand Est – Benjamin Bourier – Fleuriste à Nancy – “J’ai eu l’impression de me prostituer !”
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CoronaVirus – Grand Est – Benjamin Bourier – Fleuriste à Nancy – “J’ai eu l’impression de me prostituer !”

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” Si j’avais su”…

En effet, si j’avais su que cela se passerait comme ça.

Avec des montagnes russes côté émotions.

D’abord, nous concernant, mon équipe et moi même avions bien senti que ça se gâtait, ça sentait le roussi ! Alors dès le samedi, on met l’accent sur nos bouquets de fleurs car on se doute que toutes ces fleurs et ces couleurs apporteront du baume au cœur. Alors on exagère presque, on accentue les contrastes de couleurs. On ne tombe pas dans le bariolé non plus 😁😜.

Le dimanche, on sait qu’il se fera déjà sur cette lancée de tristesse alors on communique sur nos réseaux et l’on décide de faire 50% de remise à tous ceux qui viendront à notre rencontre, pour les récompenser de leur fidélité. Ainsi, Fleurs et plantes fleuries ont trouvé pas mal de preneurs, et nous, heureux à chacune de nos ventes, comme si l’on avait fait LA vente de la journée.

Après un dimanche seul, je sens bien que le lundi, jour de l’annonce du confinement, sera très difficile. Alors je me décide à faire travailler une dernière fois, main dans la main, mon équipe de deux fleuristes et moi-même, afin de faire le propre, préparer cette période de confinement, rassembler l’ensemble des plantes qui pourront être arrosées de manière hebdomadaire dans des soucoupes, bref, liquider.

D’ailleurs, avec toujours trop de fleurs, on est allés frapper à la porte de nos voisins commerçants, pour les inviter à passer récupérer quelques fleurs lorsqu’ils quittaient leur travail respectif.

L’atmosphère dans laquelle ces choses de déroulent, est dingue, et hallucinante.

Entre le téléphone qui sonne sans cesse (mariages en stress et reportant leur commande à “On ne sait quand, mais on vous l’assure, nous serons là lorsque vous aurez besoin de nous ! ” ; les commandes des jours à venir qui suivent, les rendez-vous, n’en parlons pas, mais c’est compréhensible, les clients que l’on accueille, oui, mais à la porte du magasin.

Ça aura été une première et j’espère une dernière, un service sur le bord du trottoir !!🙃🙃

Mais on ne s’oublie pas non plus, tout de même !

Je propose à mon équipe de prendre un bouquet, de se faire une caisse de petit outillage et de quelques pots, roses éternelles, et accessoires, afin de tuer le temps, ne pas perdre la main, rendre ses journées entrecoupées d’un sentiment floral…

On se quitte le soir, à la fermeture et un après-midi placé sous le signe de l’espoir, avec un sentiment amer, comme un au-revoir non voulu. A ce moment, je sais que dès le lendemain, les filles seront donc au chômage technique.

Moi, je signe et je persiste, je veux croire en un mardi matin de la dernière chance, des dernières démarches (administratives notamment), et non plus des dernières ventes. Car ce mardi, on pouvait penser que le plus difficile était fait. !!

Et bien, pour ma part, j’ai découvert que, Non, ce n’était pas vraiment ce que j’imaginais de cette journée.

Seule commande maintenue, une livraison d’un bouquet de roses rouges. Jusque là, je me dis : ok, pas de problème à assumer.

Et je me rends chez mon grossiste pour récupérer cette botte de roses rouges dont je vais avoir besoin, puisque la gypsophile, ouf, je l’ai et elle, au moins, je l’aurais rentabilisée (comme quoi la moindre satisfaction nous apporte un peu de réconfort).Et là, désolation, en rentrant chez mon grossiste, j’entrevois une chambre froide remplie, un choix magnifique, arrivé tout fraîchement, mais dont l’équipe est déjà à pied d’œuvre pour tout vider, tout jeter, car, le couperet est tombé.

Empli de tristesse, je m’excuse, je suis désolé, les larmes me montent en les voyant dépités, je suis si navré, si touché pour eux, par tout ce gâchis qui va avoir lieu.

Il va de soi qu’il en est de même pour les plantes. Vraiment difficile de voir cette détresse sur leurs visages. Tant de boulot accompli pour le jeter à la poubelle.

Ni une ni deux, je prends un bac, puis deux puis 10, et je les aide quelques dizaines de minutes afin de rendre cette tâche moins pénible. Et puis, parce-que je vais devoir aller à mon magasin, je commence à me dire qu’il y a quelque chose à faire.

Je le propose à mon fournisseur, car je pense toujours que l’on peut sauver quelques bottes de fleurs et plantes.

Je lui propose de récupérer ce que je peux arriver à charger, et de le donner, au cul de mon camion, comme ça, car je sais que ce sera mon travail jusque 12h, en précisant aux personnes qui pourront en bénéficier qu’il s’agit en effet de fleurs et plantes gratuites, mais qu’au delà de ça, c’est le soutien d’une économie locale, de fournisseurs locaux, d’artisans locaux, qu’il va falloir manifester.

Je charge, presque déraisonnablement, à n’en plus pouvoir, parce que je me dis que perdu pour perdu, il faut y aller, quitte à bourrer un peu la marchandise.

Je quitte mon fournisseur, requinqué par cette mission, et leur souhaite ton mon courage. 5 minutes plus tard, je suis à mon magasin.

S’en suit, quelque-chose que je n’avais pas prévu.

Je me mets à pleurer en ouvrant mon magasin, en stationnant mon camion devant et en entrebaillant les portes arrières. Je comprends que ce sont mes derniers instants avec ma boutique avant un bon moment, un long moment. Je me décide une nouvelle fois à relayer cette information sur mes réseaux Fb et Instagram. Mais ce coup-ci, je passe la vitesse supérieure, vu de la quantité de fleurs et de plantes que j’ai réussi à charger.

Je décide de mettre un panneau d’affichage, quelques dizaines de mettre avant mon étal, au feu rouge. J’ai écrit en gros : GRATUIT DONNE FLEURS.

Ce n’est pas de gaieté de cœur que je le fais, encore moins que je le note sur mon tableau, mais c’est de bon cœur que je les donne. 10 voitures me passent devant, pourtant, pas un ne s’arrête. Certe, c’est un boulevard très passant mais tout de même, je DONNE !!!!

Alors je déplace encore plus près de la route mon panneau et à la première voiture qui passe, je montre de la main ce que j’ai inscrit. Et d’une exclamation du visage, le première personne que j’interpelle me fait signe qu’elle va s’arrêter.

Je suis presque fier de cela et me mets à en pleurer à chaudes larmes 😢. J’ai le sentiment d’avoir fait des pieds et mains pour obtenir cela.

Autant la veille, j’étais costaud pour mon équipe, face à elle. Mais là, je craque.

Rapidement pris d’assaut, je ne réfléchis plus, c’est botte par botte, et plusieurs pots ensemble que je donne, et par personne.

Je ne demande qu’une seule chose à ces gens, c’est qu’ils nous postent une photo de leur réalisation, que l’on puisse faire vivre notre Fb et notre Instagram de leurs créations. Mais surtout, SURTOUT, qu’ils sachent s’en souvenir lorsqu’enfin, nous pourrons revenir dans notre échoppe végétale.

Au bout de 30 mn, je comprends bien que je vais “finir à poils” comme on dit ! 😉

Alors je me décide, mon fournisseur n’est pas parti, eh bien je vais y retourner une seconde fois pour sauver de nouveau un camion de ce qui est sauvable !!!

Puis je reviens, avec cette même envie de faire plaisir et d’accompagner les gens dans les premiers jours, tout au moins la première semaine de cette période de confinement. Et ce jusque 12h, heure d’obligation de fermeture officielle.

Je dépasse un peu l’horaire car de nombreux voisins sont venus pour m’apporter leur soutien, ils se sont demandés ce qu’il se passait avec ce flux incessant de clients sur le trottoir. C’est vrai qu’à certains moments, on aurait dit une fête des mères.😜

Je suis touché par cette gentillesse, ils ne veulent pas de ce don, ils veulent me les acheter ; certains ayant bénéficié de ce don reviennent pour me donner la pièce.

Bref, un moment difficile car mon sentiment était celui d’avoir l’impression de me prostituer. Il fallait juste que cela passe. Et que je prenne un peu de recul mais cette dernière journée fut très émouvante.

Je suis rentré chez moi avec un mal de crâne d’enfer. Mais fier d’avoir réalisé cette bonne action.

Désormais, nous sommes quasi à une semaine de confinement, plein de choses ont été faites, du travail d’administratif, des nombreux coups de fil, pro et perso car il faut prendre des nouvelles de ceux que l’on aime ; du jardinage, avec toutes les plantes restantes, des bouquets pour tout mon voisinnage qui n’a jamais été aussi fleuri, du propre à la maison, là aussi ça n’a jamais été aussi briqué 🤣🤣…

Et l’on se soutient mutuellement les uns les autres, en restant chez nous.    Car aujourd’hui, je viens de sortir, grâce à mon attestation !! Pour une cause comme on n’aimerait pas à avoir à assumer, un deuil.

Oui, j’ai réalisé un dessus de cercueil, pour une famille endeuillée. Une famille qui ne pourra participer qu’à 5 personnes maximum, aux obsèques, et encore, c’est parce que cela va se passer au cimetière directement.

Voici le récit de ma semaine passée, un récit qui se clôture en vous souhaitant la santé la meilleure et mon conseil me plus cher, celui de rester chez vous.

Courage et force.

Au revoir fleuris.

Benjamin BOURRIER – Fleuriste (54)

 

Propos recueillis par Luc NAROLLES

La rédaction de JAF-info

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Origine : Communiqué de Presse
Signature : Benjamin BOURIER – Fleuriste (54)
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6 réponses

  1. Bonjour
    Personnellement ai également fermé le samedi soir, tout acceuil public fermeture à minuit, vous avez eus de la chance de ne pas avoir eus de contrôle qui auraient pus vous
    coûter chers , il est vrai que je n’ai pas de personnel , certainement plus simple à gérer.
    Bon courage , on est pas sorti ….et le réveil va être compliqué , mais bon les fleuristes
    sont particulièrement des gens optimiste en général .

  2. Bonjour,
    Beau témoignage, toutefois de mon coté j’ai appliqué la règle qui est la même pour tout le monde : fermeture de tous les commerces à partir de samedi soir… et peu importe la perte engendrée par cette fermeture. Je suis étonné que vous soyez resté ouvert dimanche et lundi.

    Je comprend l’envie de partager jusqu’au bout mais dans une région déjà très impactée par le virus, c’est irresponsable de provoquer des rassemblements même si c’est pour donner vos fleurs.
    Bonne continuation et bon courage.
    Sébastien.

    1. Bonjour Sébastien,
      La règle était de fermer tout commerce au public, ce que nous avons fais, en servant nos clients à la porte et avec une désinfection de notre appareil bancaire à chaque ET devant chaque client.
      Je ne connais pas votre structure mais nous ne fermons pas à 20h, sans préavis aucun, et sans préparatifs [tri, rangement, nettoyage, regroupement des plantes pouvant être sauvées et mises en soucoupe pour un arrosage facile et optimum, appel des clients (mariage, prestations à venir, abonnement pro..)].
      Le dimanche et le lundi jusqu’à midi, horaire obligatoire, se sont déroulés sur les mêmes bases. Ainsi, c’est en parfaite responsabilité pour nous, comme pour nos clients, que nous avons exercé.

      Bonne période de confinement à vous aussi et bonne reprise, quand ce sera le cas.

      Benjamin

  3. je souhaite à toute notre profession d’avoir du courage. Après il faudra reprendre et faire du bien à nos clients en travaillant.

    Amitié Philippe Brun

  4. Bonjour
    Moi j ai 2 boutiques et dès le lundi et mardi avant le confinement j ai offert toutes mes fleurs à mes clients, aux passants aux commerçants sur mes deux établissement avec un dernier sourire, je n ai pas chercher à gagner de l argent , mes salariés déjà rester chez eux depuis le dimanche. J en ai également donné pour les residents d une maison de retraite, a la gendarmerie.. J avais juste une boule au ventre, les larmes aux yeux, et que c étaient certainement fini….. J ai 4 salariés, 2 établissements donc double frais , je ne suis pas riche, mon métier c est toute ma vie (J ai commencé il y a plus 20 ans, je suis chef d entreprise depuis plus de 15 ans, mais je n ai que 42 ans) et être fleuriste aujourd’hui c est déjà un combat.
    Si je survie grâce et/ou avec l état pourquoi pas,…. mais aujourd’hui je suis usé …

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