Ambroisie, jussies, griffes de sorcières… les plantes envahissantes font de plus en plus parler d’elles. De nombreux organismes de protection de la nature préconisent de lutter contre la prolifération de ces plantes exotiques, qui peuvent dans certains cas avoir un impact négatif sur la santé, les activités économiques ou la biodiversité.

Les enjeux :

Conscients de cette problématique, les professionnels français de l’horticulture et du paysage se sont engagés dans un Code de conduite professionnel qui vise à restreindre l’usage de certaines plantes exotiques envahissantes. Mais au fait… quel est le problème ?

Qu’est-ce qu’une plante exotique envahissante ?

Une plante exotique envahissante est une plante dont certaines populations peuvent acquérir un avantage compétitif dans un territoire nouveau et devenir localement dominantes dans des milieux spécifiques. Toutes les plantes exotiques ne deviennent pas envahissantes. En effet, une plante exotique ne devient envahissante que si elle réussit à franchir plusieurs barrières de sélection, dont des barrières géographiques et environnementales. Sur 1000 plantes introduites, en moyenne une seule présente le risque de devenir envahissante dans son territoire d’introduction. Une faible proportion de plantes exotiques envahissantes pose des problèmes en ayant des impacts négatifs. Il n’y a pas de trait biologique qui distingue les plantes exotiques des plantes indigènes, et de nombreuses plantes exotiques envahissantes peuvent simplement se fondre au sein de la flore autochtone en fournissant des biens et des services, au même titre que les plantes indigènes.

Quelles sont les voies d’introduction et de dispersion des plantes exotiques envahissantes ?

Les causes de l’introduction initiale de plantes exotiques envahissantes sur un nouveau territoire peuvent être accidentelles ou volontaires.

Introductions accidentelles

Les introductions non intentionnelles de plantes exotiques envahissantes ne représentent pas la majorité des cas. Parmi ceux avérés, on peut citer l’exemple de l’ambroisie à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia), introduite en France en 1863 dans un lot de semences fourragères en provenance d’Amérique du Nord, et qui depuis s’est largement répandue. L’accroissement des flux commerciaux et des échanges internationaux va de pair avec une augmentation du risque d’introductions de nouvelles espèces.

Introductions volontaires

En raison de leurs qualités, certaines plantes exotiques peuvent être utilisées dans de nombreuses situations : l’ornement et l’agrément des parcs et jardins (principal usage), l’alimentation humaine (Helianthus tuberosus), la restauration de milieux dégradés et la stabilisation de sols (Carpobrotus spp.), la sylviculture (Robinia pseudoacacia), l’aquariophilie… Certaines plantes se sont échappées de leur zone première d’utilisation et ont pu proliférer, le plus souvent en milieu perturbé mais également parfois dans des milieux naturels. Dans certains cas, moins fréquents toutefois, des plantes ont pu être introduites directement dans le milieu naturel, par exemple dans des étangs de pêche pour servir de frayères aux poissons. Introduite en 1825, la renouée du Japon (Reynoutria japonica) a été rapidement utilisée pour l’ornement : elle remporte même le prix de la plante la plus intéressante de l’année en 1847 (Société d’agriculture et d’horticulture d’Utrecht). Elle est aujourd’hui l’une des plantes exotiques envahissantes les plus problématiques.

Dispersion

Une fois présentes sur un territoire, les plantes exotiques envahissantes se dispersent par le biais des phénomènes naturels de reproduction des espèces (sexuée, par production de graines disséminées, et/ou asexuée, par régénération à partir de fragments de plantes). Pour les plantes envahissantes, ces phénomènes s’avèrent souvent particulièrement efficaces : par exemple, l’ailante (Ailanthus altissima) peut produire plusieurs centaines de milliers de graines au cours d’une seule année. D’autres facteurs sont responsables de la dispersion des plantes exotiques : ainsi l’homme, par ses activités, y contribue directement (plantations…) ou indirectement (transport de sol contaminé, gestion des déchets verts, moyens de transports…).

Quels sont les impacts négatifs des plantes exotiques envahissantes ?

Impacts économiques

Certaines plantes exotiques envahissantes peuvent engendrer des impacts économiques importants. D’une part, les plans de gestion ou d’éradication sont onéreux, tant les plantes peuvent être difficiles à contrôler ou à éliminer définitivement d’un milieu. Des coûts peuvent également être imputables aux plantes envahissantes pour la restauration d’infrastructures dégradées, à l’instar de chaussés altérées par les repousses vigoureuses de certains espèces comme l’ailante (Ailanthus altissima). D’autre part, des coûts indirects sont également engendrés. Certaines plantes exotiques envahissantes peuvent devenir des adventices de cultures forestières ou agricoles et en diminuer les rendements, ce qui correspond à autant de manque à gagner pour les agriculteurs concernés.

Impacts sur la santé publique et impacts sociétaux

Un nombre restreint de plantes exotiques envahissantes peuvent causer des problèmes de santé publique. Pour certaines, leur pollen s’avère être particulièrement allergisant comme c’est le cas de l’ambroisie à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia) à laquelle 10 % de la population française serait sensible. Pour d’autres, le contact de la sève avec la peau peut engendrer des brûlures : c’est le cas de la berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum). Certaines plantes exotiques envahissantes peuvent dégrader l’image des milieux aux yeux des usagers. Elles peuvent également perturber les activités récréatives qui y prennent place : envahissement de chemins d’accès ou bords de berges, recouvrement de plans d’eau empêchant des activités aquatiques…

Impacts sur la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes

Dans certains cas les plantes exotiques envahissantes peuvent également entraîner une diminution de la diversité biologique des milieux envahis. En effet, il peut arriver que des plantes exotiques envahissantes présentent localement des avantages compétitifs sur les espèces indigènes qu’elles peuvent alors surpasser en nombre, voire ponctuellement les éliminer. Cependant, il est parfois difficile de déterminer quelle est la relation de cause à effets entre la prolifération d’une plante exotique envahissante, la dégradation d’un milieu et la régression d’espèces indigènes : la plante exotique envahissante profite souvent de la dégradation d’un milieu pour y proliférer, sans pour autant être la cause de cette dégradation. En modifiant la composition floristique d’un milieu, la prolifération d’une plante envahissante peut dans certains cas avoir des répercussions indirectes sur les espèces animales et les chaînes alimentaires. La prolifération de plantes exotiques envahissantes peut avoir un impact sur le fonctionnement des écosystèmes, par exemple en modifiant les propriétés physico-chimiques du sol. Certaines plantes, comme les renouées ou l’ailante, s’imposent plus facilement par l’émission de substances qui nuisent à la reproduction et la croissance des espèces indigènes (phénomènes d’allélopathie). Dans les milieux aquatiques, la prolifération en surface de plantes envahissantes diminue l’accès à la lumière pour la vie aquatique ce qui peut conduire à son asphyxie.

Des aspects positifs liés à l’usage de certaines plantes ?

Les plantes exotiques envahissantes peuvent également être sources de divers bénéfices apportés à l’environnement, à l’économie ou à la société. Parmi ces bénéfices :

Horticulture et paysage : de nombreuses plantes exotiques sont utilisées pour leurs qualités ornementales et leur résistance : floraisons abondantes, précocité saisonnière, rusticité, résistance aux pollutions atmosphériques, à la sécheresse, au sel…
Agriculture : qualités alimentaires pour les plantes comestibles.
Sylviculture : exploitations du bois de certaines espèces ligneuses
Fleurs coupées : le mimosa (Acacia dealbata) fait l’objet d’une production de fleurs coupées pour les fleuristes et pour la parfumerie.
Apiculture : utilisation des qualités mellifères de plantes à forte production de nectar ou de pollen.
Pharmacopée : certaines plantes sont utilisées dans les médecines traditionnelles.
Economie : l’utilisation des plantes dans les aménagements paysagers ou les activités agricoles est la source d’emplois pour leur production, leur commercialisation et leur mise en œuvre.
Culture et patrimoine : certaines plantes sont liées à un patrimoine historique, touristique ou culturel. C’est le cas de la berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum), associée à l’Ecole de Nancy, qui au cours de la période Art nouveau du début du XXème siècle a été très représentée comme élément décoratif des mobiliers, ferronneries et papiers peints. Le Mimosa (Acacia dealbata) a également une forte valeur patrimoniale dans la région touristique de Bormes-les-Mimosas (« route du mimosa »), célébrée lors d’un événement annuel, “Mimosalia”.
Environnement : certaines plantes exotiques envahissantes sont utilisées pour la restauration de milieux dégradés, pour la stabilisation de sols érodés, pour la dépollution des sols… Par leurs floraisons abondantes, elles peuvent se montrer attractives pour l’entomofaune locale, comme l’illustre le nom commun du Buddleja davidii, l’arbre à papillons. Dans les milieux dégradés elles peuvent représenter une ressource de substitution maintenant les chaînes alimentaires (fruits, pollen ou nectar). Certaines plantes peuvent aussi favoriser les insectes auxiliaires, permettant de limiter l’usage de pesticides.


Le Code de Conduite

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