Les signes positifs de reprise se sont multipliés en 2017 à travers toute l’Europe Horticole. La météo favorable du premier semestre a certainement favorisé ce renouveau, mais ce n’est pas la seule raison.

La situation économique se stabilise sur le continent, créant le retour de la confiance qui a toujours été un élément moteur pour les filières horticoles. De plus, les tendances structurelles qui émergent et se renforcent vont favoriser le végétal : Aspirations à une vie saine, au bien-être et à un environnement de proximité naturel et préservé.

Selon les pays, les progressions attendues du commerce des fleurs et plantes sont variables pour 2018. Elles s’échelonnent entre + 20% pour la Pologne par exemple, marché en très forte croissance, en passant par +2 à +3 % pour les gros marchés comme l’Allemagne et la France, ce qui va compenser largement la baisse attendue entre -3 et -5% pour les marchés du Royaume Uni pénalisé par leur Brexit.

Les entreprises ont été fortement ébranlées depuis bientôt 10 ans, 2008 ayant été le début des tempêtes financières. En plus, les évolutions des modèles économiques ont été chamboulées par la numérisation et les TIC. Pour celles qui ont résisté en s’adaptant il faut maintenant dégager les priorités pour le court et moyen terme. En ce qui concerne la filière française, si j’avais à hiérarchiser ces priorités, je mettrais en premier l’organisation de la transmission, suivi par la mutualisation des forces au niveau grande région, puis favoriser la recherche et le développement d’innovation pour construire ensemble l’accès aux marchés.

Assurer la continuité des entreprises de production

Tous les pays de l’Europe de l’Ouest, qui ont pourtant une longue tradition de production horticole, sont touchés par la forte diminution du nombre d’entreprises de production. Les premiers à jeter l’éponge ont été les producteurs de fleurs coupées, suivi par les producteurs de plantes fleuries sous serre, et maintenant bon nombre de pépiniéristes producteurs ferment leurs structures de production faute de repreneurs intéressés. Jusqu’à maintenant la baisse des surfaces de production n’étaiet pas corrélée à la diminution du nombre de producteurs, les fusions entre entreprises et l’amélioration constante de la productivité par m2 compensait les fermetures définitives. Mais depuis 2015, les surfaces de production sont en baisse dans toute l’Europe de l’ouest et dans tous les segments.

Sachant qu’une transmission d’entreprise demande deux à trois ans de délais entre l’intention de transmettre et la signature d’un protocole d’accord avec un repreneur, et en regardant l’âge moyen des producteurs actuellement la transmission est un vrai défi autant démographique qu’économique et territorial. Démographique car près de 20 % des dirigeants d’exploitation sont âgés de plus de 60 ans et plus de 60 % des dirigeants ont au moins 55 ans : le nombre d’entreprises à transmettre dans les prochaines années va donc considérablement augmenter. *

C’est une période délicate qui s’ouvre pour l’économie horticole française car ces entreprises ne trouvent pas toujours de repreneurs et, lorsqu’elles en trouvent, ceux-ci peuvent être tentés d’opérer des économies d’échelle en opérant des fusions ou des modifications radicales en transformant l’entreprise de production en entreprise de négoce. Ce qui aura des conséquences encore plus néfastes sur la balance commerciale horticole déjà fortement déficitaire.

Alors qu’elle constitue l’un des secteurs agricoles les plus employeurs de main-d’œuvre, l’horticulture ne représentait, en 2014, que 1,4 % du nombre total des exploitations. Et cette part pourrait encore diminuer.

Selon les dernières données de FranceAgriMer diffusées le 6 mars, 13 % des entreprises horticoles et pépinières ont disparu entre 2013 et 2015, soit 543 entreprises en moins et un total restant de 3 611. La baisse atteint même 40 % entre 2005 et 2015. Quant au chiffre d’affaires de la filière, il ne se porte pas mieux : il a reculé de plus de 12 % entre 2013 et 2015, après deux baisses successives déjà constatées (-4,3 % entre 2011 et 2013 et -9 % entre 2005 et 2011). En deux ans, 1 935 emplois ont disparu. En dix ans, on a perdu 10 000 emplois, soit une baisse de 35 %.

Favoriser et fluidifier la transmission devient donc un défi économique autant qu’un enjeu déterminant pour la filière. Il est grand temps de couvrir l’ensemble du champ de la transmission des entreprises de production horticoles, en accompagnant les cédants et repreneurs sur le plan technique par la mise en place de solutions innovantes et sur le plan psychologique par une formation adaptée, car c’est bien souvent le frein principal à la réussite des projets.

Regrouper les forces et les talents par grandes régions

Dans les nouvelles tendances structurelles qui favorisent le végétal ornemental, le local pour local à toute l’attention des consommateurs et même celle des donneurs d’ordres quand ils trouvent une solution conforme à leurs attentes. Il est surprenant de voir que la production horticole française n’est que très peu regroupée, il semblerait qu’il n’y a que 10 à 12% de l’offre de production française qui soit mutualisée, les entreprises étant restée individualistes pour la grande majorité d’entre elles.

Or, seul une mutualisation TOTALE de l’offre, des services et des moyens logistiques à l’échelle d’une grande région peut répondre aux attentes des nouveaux modèles économiques centrés autour des moyens ultras performants de centralisation et de communication des datas.

Qu’est-ce que l’on peut comprendre par local pour local ? Ce qui est produit dans un rayon de 200 km est toujours plus local qu’en provenance de Hollande, de Belgique, d’Allemagne, de Pologne, d’Italie ou d’Espagne.

Le contexte en ce moment est très favorable aux arguments de proximité, logistique, climatique, sociale, économique. Encore faut-il pouvoir répondre aux autres exigences telles que largeur et profondeur de gamme, réactivité logistique, innovation en termes de services. Une concertation ouverte et constructive entre obtenteurs, producteurs, distributeurs, détaillants et consommateurs autour de cette logique du local pour local ne peut qu’aller dans le sens d’un vrai développement durable.

Innovation, recherche et développement pour être dans le marché

L’innovation n’est pas qu’innovation végétale, mais aussi et surtout une innovation de services d’accompagnement, innovation de concepts marketing, innovation logistique, innovation dans de nouveaux modèles économiques à mettre en place avec l’obtention et la distribution.

C’est la mutualisation des forces entre les différents échelons de mise en marché au niveau d’une grande région qui est le seul moyen d’arriver à entreprendre une approche globale innovante permettant de profiter des tendances qui sont toutes favorable au développement du végétal ornemental, végétal de santé et de bien être, que ce végétal soit privé ou public.

 

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Mais bien entendu la réalisation de ces trois priorités va changer les habitudes, sortir les acteurs de leur zone de confort, faire appel à de nouvelles manières de penser et d’agir.

Existe-t’il une autre alternative ? Probablement pas, si l’on veut éviter le déclin programmé d’une production horticole nationale et son remplacement par un négoce en provenance de nos principaux voisins du Nord, de l’Est et du Sud.

 

Brand Wagenaar – Analyste Expert des filières horticoles

 

T.I.C. : Technologies de l’information et de la communication

*Références :

http://www.senat.fr/rap/r16-440/r16-440_mono.html

Rapport d’information n° 440 (2016-2017) de MM. Claude NOUGEIN et Michel VASPART, fait au nom de la Délégation aux entreprises, déposé le 23 février 2017 – Disponible au format PDF (16 Moctets) – Synthèse du rapport (101 Koctets)

http://www.agrapresse.fr/l-horticulture-fran-aise-en-d-clin-veut-croire-en-son-regain-art434032-49.html?Itemid=362

http://www.franceagrimer.fr/content/download/50308/483010/file/BIL-HOR%20Chiffres%20cl%C3%A9s%20horticoles%202015.pdf