“Les fleurs coupées des pépinières sont de véritables petites bombes à retardement pour la planète”

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“Les fleurs coupées des pépinières sont de véritables petites bombes à retardement pour la planète”

LE SECTEUR PLANTES ET HORTICULTURE - LE MAILLON FAIBLE DE RUNGIS ! | www.Jardinerie-Animalerie-Fleuriste.fr

La rédaction de JAF-info

Si elles ensoleillent nos sens et nos jardinières, les fleurs coupées des pépinières sont de véritables petites bombes à retardement pour la planète. Chercheurs et autres scientifiques dressent un bilan alarmant.

Depuis quelques saisons déjà, une frénésie « verte » a déferlé sur nos décors urbains en mal de nature : édens luxuriants dans les restaurants et les boutiques, végétalisation des balcons et des intérieurs, services de livraison de fleurs (fraîches, séchées…) en tous genres, invasion végétale et florale sur Instagram… « L’envers du décor est hélas loin d’être vert, constate Herman van Bekkem, chargé de l’agriculture à Greenpeace Hollande. Et pourtant, inconsciemment, quand on achète une plante ou qu’on plante des fleurs, on pense faire du bien à la planète. Jamais le consommateur ne peut imaginer que sa jardinière de lavande et de violettes contribue à tuer des abeilles et des coccinelles… » Fragile, cultivée à marché forcée et accélérée en espace – lieu de guerre contre l’irruption d’insectes ou de maladies –, la fleur est même « le végétal le plus gourmand en eau et en pesticides ».

80 % des plantes à fleurs testées en Europe toxiques pour les abeilles

Un coup d’œil sur le site de l’Office néerlandais des statistiques suffit : 1,2 kilo de pesticide est utilisé par hectare de maïs… contre 106 kilos par hectare pour les roses et 134 pour les lys ! « Aux Pays-Bas, les rapports des autorités font régulièrement mention de pesticides illégaux chez les producteurs, de niveaux préoccupants de pollution des eaux de surface dans les régions de serres, explique Herman van Bekkem. Nous avons voulu déclencher un changement de pratiques dans le secteur horticole en testant les plantes dans les jardineries néerlandaises, qui représentent la fin du circuit. » En 2014, Greenpeace Hollande s’est donc penché sur le cas des plantes ornementales (rhododendron, lavande…), ainsi que sur des bouquets de fleurs coupées : « une majorité contenait néonicotinoïdes [tueurs d’abeilles, ndlr] et pesticides illégaux. Quant au rapport “Toxic Eden”, conduit par l’ONG à l’échelle européenne, il a montré que près de 80 % des plantes à fleurs testées dans toute l’Europe étaient contaminées par des pesticides toxiques pour les abeilles. »

En 2017, son enquête sur les fleurs coupées (gerberas, roses, fleurs mixtes) vendues sur Internet a donné des résultats comparables. « Les bouquets analysés étaient largement contaminés, avec un record pour un bouquet mixte vendu par Fleurop – vingt-cinq molécules dont plusieurs interdites en Europe. » Idem en France si l’on se fie à la seule étude du genre, menée en 2017 par 60 Millions de consommateurs sur les bouquets de roses commercialisés par dix grandes enseignes (Monceau Fleurs, Aquarelle…) : quinze substances ont été détectées en moyenne par bouquet, vingt-cinq pour le dernier du classement (Au nom de la rose) et seulement trois – autorisées – pour le premier (Aquarelle).

Une centaine de résidus de pesticide détectées sur les mains des fleuristes

Alors, nos bouquets sont-ils des bombes chimiques en puissance ? Plusieurs enquêtes auprès des ouvrières équatoriennes avaient déjà montré qu’elles souffraient de problèmes de santé plus ou moins intenses (maux de tête, problèmes de vue, ou encore taux de troubles neurologiques supérieur à la moyenne chez leurs enfants). Pour la première fois, Khaoula Toumi, doctorante à l’université de Liège, s’est intéressée à l’autre bout de la chaîne : les fleuristes, qui « travaillent en moyenne six jours sur sept et manipulent les fleurs six à heures heures par jour ». Pendant quatre ans, Khaoula Toumi a analysé des échantillons de roses, gerberas et chrysanthèmes, les fleurs les plus vendues en Belgique, et suivi une trentaine de commerçants belges volontaires, au cours de trois périodes de pic d’activité (Saint-Valentin, Fête des mères, Toussaint). Bilan : cent sept et cent onze résidus de pesticide respectivement détectés sur les bouquets de fleurs et les mains des fleuristes suivis (grâce à l’analyse de gants en coton). Et soixante-dix dans leurs urines, « démontrant le transfert, l’absorption, et donc l’exposition à des substances souvent toxiques (irritantes, suspectées d’être cancérogènes ou mutagènes, toxiques pour la reproduction, etc.) », explique Khaoula Toumi.

« Non seulement les fleurs sont traitées avec de très nombreux produits – insecticides, fongicides… – mais en l’absence de règlementation en Europe il n’y a pas de limite maximale de résidus. Pas plus que d’obligation de respecter de délai entre l’application et la récolte. » La situation est d’autant plus préoccupante, ajoute le Pr Bruno Schiffers, du laboratoire de phytopharmacie-pesticide de l’université de Liège, qui a supervisé ces travaux, que « les fleuristes sont peu ou pas informés, et portent donc rarement des gants. Or ils devraient être considérés (notamment lors de l’évaluation des risques, avant la mise sur le marché des produits destinés aux fleurs et plantes ornementales) comme des “travailleurs”, au même titre que les personnes travaillant dans un champ ou une serre préalablement traités… »

Quant à la provenance des fleurs analysées, Khaoula Toumi et Greenpeace Hollande se sont heurtés au même obstacle : « aucun moyen d’identifier leur provenance, explique Herman van Bekkem. Selon les enseignes que nous avons testées, leurs fleurs étaient toutes hollandaises… » Bruno Schiffers et Khaoula Toumi ont présenté leurs résultats à l’Association belge des fleuristes : « ils sont les premiers à reconnaître que la traçabilité des fleurs est quasi impossible à l’heure actuelle ; les fleuristes en Belgique n’ont quasiment aucun lien avec le producteur, ils passent par des grossistes, explique le professeur. Sachant que sur des fleurs déclarées belges, nous avons aussi trouvé beaucoup de résidus, ainsi que des produits non autorisés en Europe. »

Restent une série de questions sans réponse, à commencer par la contamination des eaux, dans les pays de production et… de consommation. L’eau des vases, déversée dans nos éviers puis évacuée dans les égoûts, participe-t-elle à la pollution des nappes phréatiques ? C’est probable, même si « les concentrations dans ce cas seront bien inférieures à celles des fonds de cuve des pulvérisateurs ». Et puis les fleurs, ça sent bon, mais que respirons-nous au juste quand nous nous en approchons ? « Beaucoup des produits chimiques trouvés dans les bouquets, tels que les diazinon, étridiazole, fenpropidine ou triforine, sont très volatiles et se diffusent facilement dans l’air, à commencer par la boutique du fleuriste… Cela dit, pour conserver la fraîcheur des fleurs, tempère Bruno Schiffers, la température des magasins est en général limitée, ce qui peut réduire la volatilisation des substances. Quant à nos appartements, l’exposition reste très faible pour le consommateur. »

A quand des fleurs plus “responsables” ?

Alors, faudra-t-il renoncer aux fleurs ? En Belgique, dit le Pr Schiffers, « le service public fédéral, qui prend ces résultats très au sérieux, vient d’obliger l’association des fleuristes à communiquer aux professionnels ». Et en Afrique aussi, les alertes des ONG et des journalistes sur les conditions de production conduisent peu à peu à une amélioration, insiste le géographe Bernard Calas, professeur à l’université Bordeaux-Montaigne. « L’administration kényane a mis en place des normes phytosanitaires plus exigeantes. De plus en plus de producteurs utilisent des méthodes alternatives de lutte intégrée. Il faut être attentif bien sûr, mais aussi reconnaître aux acteurs qu’ils ont écouté ces critiques : ils savent parfaitement que si demain il n’y avait plus de consommation de roses kényanes en Europe, ça déclencherait une crise majeure au Kenya puisqu’on estime que 2 à 3 millions de personnes en vivent… »

Alors, en attendant des fleurs plus « responsables », on évitera de mettre son bouquet au compost, et puis surtout, dit Herman van Bekkem, de Greenpeace : « Il faut maintenir la pression. Pour amener les jardineries à bouger, il a fallu trois rapports, mais ça avance, la plupart ont annulé les contrats avec les pépinières utilisant des néonicotinoïdes. Au consommateur aussi d’interroger son fleuriste : d’où viennent vos fleurs ? Etes-vous sûr qu’elles ne sont pas contaminées ? »


Voir aussi :

https://www.greenpeace.org/archive-international/en/publications/Campaign-reports/Agriculture/A-Toxic-Eden/

http://sos-bees.org/reports/

Les plantes ornementales, des cadeaux empoisonnés  par Agnès FAYET


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Un éden toxique: des poisons dans votre jardin

Analyse des pesticides nuisibles pour les abeilles dans les plantes ornementales vendues en Europe


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Sources :

https://www.telerama.fr/monde/la-fleur-est-le-vegetal-le-plus-gourmand-en-eau-et-en-pesticides,n5886775.php http://sos-bees.org/wp-content/uploads/2014/04/A-Toxic-Eden.pdf http://www.cari.be/medias/abcie_articles/165_env.pdf

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