Le parquet a requis du sursis, une forte amende et la confiscation des biens des gérants de quatre commerces Indoor Garden, spécialisés dans la vente de matériel pour la culture du cannabis.

Les deux frères, gérants de quatre magasins (à Carquefou, près de Nantes, Rennes, Le Mans et Fleury-sur-Orne, près de Caen), ont reconnu que 99 % de leur clientèle pratiquait la culture du cannabis. Ce dont tout le monde se doutait depuis longtemps. Mais cette fois, l’affaire a pris une tournure judiciaire, à l’initiative du parquet de Rennes. Jeudi soir, les deux responsables ont comparu devant le tribunal correctionnel de Rennes pour complicité de trafic de stupéfiants.

Les gendarmes ont d’abord enquêté chez les clients des magasins. Lors des perquisitions, les enquêteurs ont saisi plusieurs dizaines de kilos d’herbe de cannabis et des centaines de pieds, dans des chambres de culture. Tous avaient acheté leur matériel dans les quatre commerces incriminés.

Une formation à la culture cannabis

Certains « cannabiculteurs » ont déclaré qu’ils avaient tout appris auprès des gérants ou de leurs employés. Les deux frères dispensaient à leurs salariés une formation d’une à trois semaines à la culture du cannabis. Les deux prévenus n’ont pas contesté. Ils ont aussi reconnu qu’ils conseillaient parfois les clients pour qu’ils obtiennent un meilleur rendement.

« Vous reconnaissez que vous avez acquis un degré de formation assez élevée dans ce domaine ? », interroge la présidente, Juliette Sauvez. Le frère cadet, horticulteur de formation, admet. « Que peut-on cultiver d’autre que le cannabis avec le matériel que vous vendiez ? » poursuit la magistrate. Les deux hommes sèchent. « Du cactus… », tente un des deux.

« On veut leur mort sociale »

« Mais ce n’est pas un problème que les objets vendus soient dédiés à cette culture ? C’est interdit », insiste la présidente. « Euh… les gens font ce qu’ils veulent », répond un prévenu. « Oui, vous avez lu ce qu’écrit un médecin légiste sur le sujet ? », enchaîne Juliette Sauvez. « Il y a des gens, médecins ou autres, pour, d’autres contre. Ce n’est pas un sujet qui me passionne », soupire un des suspects.

Le parquet requiert 18 mois de prison avec sursis, une amende de 100 000 €, la confiscation d’une maison et de 40 000 € ainsi qu’une interdiction de gérer une entreprise pendant 5 ans. La défense, abasourdie, encaisse. « Les gérants ont été contrôlés par le service des fraudes et le fisc. Les seules remarques portaient sur un défaut d’étiquetage et sur un terreau non-conforme, plaide Me Fabian Lahaie. Pendant des années, on n’a rien trouvé à redire et, maintenant, on veut leur mort sociale. » Argument repris par Me Gwendoline Tenier : « Ils ont payé pendant des années leurs taxes et leurs cotisations sociales et tout le monde connaissaient la nature des produits vendus. Pourquoi cette répression soudaine ? »

200 magasins semblables en France

Le jugement sera rendu le 11 janvier. La SAS Le Jardin de Bel Ami, qui gérait les quatre commerces, est en cours de liquidation, suite aux poursuites. Les six salariés ont perdu leur emploi. Il existe 200 magasins semblables en France, dont 80 franchisés Indoor Garden.

Si le tribunal de Rennes condamne les deux frères, que se passera-t-il ? S’il est prouvé, et cela semble probable, que ces commerces vendent exclusivement du matériel pour la culture cannabique, seront-ils fermés eux aussi et leurs gérants condamnés ? C’est peut-être l’enjeu principal de la décision qui sera rendue le 11 janvier.