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Le trafic de chiens n’apparaît pas comme une priorité pour l’ Union Européenne

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Le trafic de chiens n’apparaît pas comme une priorité pour l’ Union Européenne

Animalerie
La rédaction de JAF-info

Chaque année, des milliers de chiots élevés en Pologne ou en Hongrie sont vendus illégalement à l’Ouest. Un commerce qui rapporte gros, au détriment des animaux et de leurs maîtres.

Sahra Chergui n’a pas hésité longtemps avant d’acheter le loulou de Poméranie dont elle rêvait sur Le Bon Coin, en 2015. Alors que les chiots de cette race coûtent en moyenne 1.500 euros en animalerie ou en élevage, le vendeur en ligne n’en demandait que 800 euros: une aubaine pour l’étudiante.

Les vendeurs, une Française et un Ukrainien qui ne parlait pas français, sont venus directement chez Sahra pour conclure la vente. En lui donnant le passeport du petit chien, la femme lui a expliqué qu’elle importait des chiens d’Ukraine, vaccinés comme il se doit. Le chiot étant vif et joueur, Sahra a payé –en liquide, comme le demandait le couple.

Au fil des quatre mois suivants, le chiot baptisé Django s’est fait à sa nouvelle vie chez Sahra. Tout se passait bien, mais son air maladif interpellait parfois Sahra. «Quand on faisait des longues balades, il avait vite l’air fatigué, raconte-t-elle. Il était fébrile, il avait une respiration hyper saccadée, mais rien de sévère, sinon je l’aurais emmené chez le vétérinaire.»

Un soir, Django s’est allongé, incapable de se relever, le souffle de plus en plus court. Porté en urgence chez le vétérinaire, il est mort dans la nuit.

La cause du décès: une malformation cardiaque, probablement due à ses conditions d’élevage en Europe de l’Est, selon le vétérinaire. Quant aux vendeurs, le numéro qui avait servi à leurs échanges n’était plus actif; impossible de les retrouver. «J’étais tellement attristée que j’ai vite abandonné, confie Sahra. Avant, je charriais un peu les gens qui s’attachaient à des animaux, mais ça a vraiment été très dur émotionnellement.»

«Après coup, je me suis dit que j’aurais dû poser plus de questions, reconnaît-elle aujourd’hui. Mais je n’y connaissais rien aux chiens. Français ou ukrainien, c’était la même chose pour moi.»

Conditions d’élevage désastreuses

Les histoires comme celle de Sahra et Django sont loin d’être marginales au sein de l’Union européenne (UE). Environ huit millions de chiots sont nécessaires chaque année pour satisfaire la demande européenne en ligne et le marché génère plus d’un milliard d’euros de revenus, estime l’ONG de défense des animaux Four Paws.

Près de 50.000 chiens entreraient illégalement en France tous les ans, selon les chiffres de la Brigade nationale d’enquêtes vétérinaires et phytosanitaires (BNEVP), l’unité d’investigation du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation qui se concentre sur le trafic d’animaux.

Des chiots comme Django sont élevés par dizaines de milliers dans des pays tels que la République tchèque, la Pologne, la Hongrie ou la Slovaquie, pour être ensuite vendus en Europe de l’Ouest.

La plupart des animaux proviennent de fermes illégales: vieilles exploitations agricoles reconverties, complexes de cages à ciel ouvert où s’entassent les bêtes ou encore réseaux de particuliers chez qui sont placés les chiots.

«Les femelles mettent bas aussi régulièrement que possible et on leur donne même parfois des hormones pour accélérer le processus.»
Václava Brabcová, de la Société pour la protection des animaux abandonnés de République tchèque

Dans ces élevages, les conditions de vie des chiens sont souvent désastreuses. «Il n’est pas rare de trouver des dizaines voire parfois des centaines d’animaux dans des endroits laissés à l’abandon, sans soins médicaux, sans alimentation adéquate et sans liberté de mouvement», décrit Václava Brabcová, directrice de la Société pour la protection des animaux abandonnés tchèque.

«Les femelles mettent bas aussi régulièrement que possible et on leur donne même parfois des hormones pour accélérer le processus, poursuit-elle. Les animaux sont malades, souffrent d’infections et de parasites, et des chiens d’une même famille s’accouplent souvent ensemble.»

Argent facile

Lorsque les chiots ont 1 ou 2 mois, des revendeurs les emmènent vers l’Ouest, alors même qu’ils ne sont pas en âge d’être vaccinés contre la rage et que la loi de nombreux pays destinataires (notamment la France) interdit l’importation de jeunes animaux non vaccinés.

En 2017, la police allemande a arrêté un vétérinaire tchèque qui transportait quarante-deux chiots non vaccinés dans sa voiture pour les vendre en Belgique.

Importer illégalement des chiots est étonnamment aisé. Une simple recherche en anglais des mots-clés «acheter chien Slovaquie» m’a permis d’entrer en contact avec un éleveur prétendant être basé à Bratislava. En me faisant passer pour un revendeur en quête d’argent facile, j’ai négocié l’achat de six chiots bouledogues français pour 200 euros chacun, alors que ces chiots coûtent typiquement autour de 1.500 euros par tête en élevage. En les vendant ne serait-ce que pour la moitié de cette somme en France, j’aurais réalisé un profit substantiel.

«Il y a un intérêt pécuniaire qui est tellement important que les gens continuent, même s’ils sont arrêtés.»
Arnaud Lhomme, de la cellule anti-trafic de la Fondation 30 millions d’amis

Mais ma modeste transaction est bien ridicule par rapport à celles de certains trafiquants. Une ancienne revendeuse française, qui travaillait en Slovaquie entre 2005 et 2009 et a été condamnée à deux reprises en France pour y avoir importé des chiots trop jeunes, m’a dit qu’à l’époque, elle envoyait 150 chiots en France par semaine. «Certains revendeurs gagnent 100 ou 150 euros par chien envoyé, indique-t-elle. Des mecs prennent 5.000 euros dans la semaine.»

«Il y a un intérêt pécuniaire qui est tellement important que les gens continuent, même s’ils sont arrêtés», abonde Arnaud Lhomme, responsable de la cellule anti-trafic de la Fondation 30 millions d’amis.

Or, loin d’être de bonnes affaires, les chiots importés illégalement d’Europe de l’Est tombent souvent malades et souffrent parfois de maladies congénitales, comme celle de Django. Les trafiquants ne maintiennent une illusion de santé que le temps que les chiens soient vendus.

«Les chiots les plus malades paraissent vifs et en forme aux acheteurs grâce à des injections d’adrénaline, mais la réalité ne tarde pas à les rattraper», révèle Andreas K., un ancien revendeur allemand cité par Four Paws.

Contrôles insuffisants

C’est avec l’apparition de sites de petites annonces en ligne, comme Le Bon Coin en France et Ebay ou Gumtree ailleurs en Europe, que ce trafic s’est accéléré dans les années 2000. Ces plateformes ont facilité les contacts entre des éleveurs difficiles à tracer, des revendeurs peu scrupuleux et des acheteurs peu méfiants, rendant le commerce de chiens encore plus complexe à surveiller pour les États.

Certains revendeurs choisissent pourtant de travailler hors ligne. En 2014, 154 chiens et 65 chats ont été saisis dans plusieurs animaleries parisiennes et cinq personnes ont été inculpées dans l’un des plus gros coups de filet du genre en France.

L’une des personnes impliquées, Jean-Pierre Lieuvin, était propriétaire de quatre des animaleries visées par l’enquête. Il est entre autres accusé d’avoir importé illégalement des animaux d’Europe de l’Est pour les vendre avec de faux papiers.

C’est loin d’être une première pour lui: son cas est emblématique de la récurrence des récidives de trafiquants. En 2001 déjà, un élevage insalubre de chiens est découvert dans son château de Seine-et-Marne. Cinq ans plus tard, il écope d’une amende de 5.000 euros et se voit interdir d’exercer une profession impliquant la détention ou l’élevage d’animaux domestiques pendant trois ans, pour cause de mauvais traitements.

«Les gens veulent adopter un tout petit chiot, donc il va y avoir de fausses déclarations de naissance.»
Arnaud Lhomme, de la cellule anti-trafic de la Fondation 30 millions d’amis

Des documents falsifiés, comme ceux utilisés par Jean-Pierre Lieuvin, fournis par des vétérinaires véreux ou faits par les revendeurs eux-mêmes, sont fréquemment utilisés.

«Les gens veulent des animaux très, très jeunes, relève Arnaud Lhomme. Quatre mois, c’est déjà vieux pour les gens qui veulent adopter un tout petit chiot, donc il va y avoir de fausses déclarations de naissance et de fausses dates de vaccin antirabique.»

Les personnes qui introduisent en France des animaux ne satisfaisant pas les normes françaises risquent jusqu’à deux ans de prison ferme et 300.000 euros d’amende, souligne l’enquêteur de la BNEVP Franck Verger. En pratique cependant, les autorités de contrôle sont souvent en sous-effectif et les livraisons de chiots nés dans l’espace Schengen ne sont pas soumises à des contrôles douaniers.

Bien que le problème soit avant tout européen, l’UE n’a pas de législation commune sur le transport d’animaux entre États membres. En 2016, des eurodéputé·es ont soumis une proposition de résolution sur l’identification des animaux domestiques, qui permettrait de circonscrire le marché noir en améliorant la traçabilité des animaux; en 2017, une plateforme européenne pour le bien-être animal a été mise en place. Mais ces efforts sont insuffisants pour lutter efficacement contre les trafics.

À l’heure où l’immigration, la sécurité ou encore le Brexit divisent les États européens, le trafic de chiens n’apparaît pas comme une priorité.


Source : http://www.slate.fr/story/184065/animaux-trafic-chiots-europe-est-annonces-internet-conditions-elevage

Auteur : Manuel Ausloos

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http://www.slate.fr/story/184065/animaux-trafic-chiots-europe-est-annonces-internet-conditions-elevage

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